Le « burn-out »

Photo by me at La serre des jardin d’Auteuil

Chacun voit midi à sa porte

Jacques d’Arribehaude

Le syndrome d’épuisement professionnel est de plus en plus répandu et commence tout juste à être reconnu dans le milieu du travail. C’est un sujet que je voudrais évoquer, sans tabou, car il fait parti de mon parcours, de mon histoire. Vous connaissez probablement quelqu’un de votre entourage qui en a vécu un, ou tout simplement vous même. Cela a été pour moi une période difficile à traverser, mais je considère aujourd’hui ce burn out comme quelque chose de positif, car il m’a permis d’une certaine façon de me construire, prendre conscience de mes envies, mes désirs profonds, bien que je ne pense pas que ce soit une étape indispensable pour avancer hein!

Le burn-out, qu’est-ce que c’est?

Il peut être défini comme un état de fatigue extrême, une sorte d’incapacité à avoir de l’énergie. On constate un épuisement du corps et de l’esprit, lié à une dégradation de son rapport à son travail. Cet épuisement professionnel s’est initialement remarqué chez les soignants, mais il peut concerner toutes les professions.

Que s’est-il passé quand il s’est manifesté?

J’ai mis au monde ma petite Anaïs en mai 2016 puis j’ai repris mon poste d’infirmière en septembre de cette même année. Après 2 mois de retour au travail, je me sentais exténuée, fatiguée, au bout du rouleau. Il me semblait que ma fatigue était due à la charge de travail intense, les responsabilités importantes liées à mon métier, le rythme extrêmement soutenu, les horaires décalés… J’étais dans l’incapacité d’effectuer mon métier correctement au regard de mes valeurs professionnelles. De plus, je n’avais plus l’énergie et la disponibilité que j’aurais voulu pour m’occuper de mon bébé en rentrant chez moi. Le matin je pleurais de devoir partir à l’hôpital travailler, je n’avais plus la force de me lever. S’en était trop, je ne pouvais plus continuer, je me sentais dépassée, sous l’eau. J’avais l’impression que le lien entre mon corps et mon esprit esprit avait lâché. Je ressentais une sorte d’incapacité à accéder à mes pensées,  une impossibilité de relativiser et de prendre du recul. 

J’ai vu mon médecin traitant, qui a tout de suite compris ma détresse et mon mal être. Elle m’a mise en arrêt maladie pendant une semaine, pour me reposer. A l’issue de cette semaine je suis retournée la voir, car je n’allais pas beaucoup mieux. J’aurais préféré mourir que de devoir retourner travailler à l’hôpital.  Le docteur a alors prolongé mon arrêt, mais cette fois elle ne m’a pas conseillée de me reposer, mais de sortir, me promener, prendre l’air, de penser à moi, mes envies, mon projet de vie. J’avais besoin de me reconnecter à moi même. J’ai compris que mon métier en soi n’avait pas changé depuis ma première prise de poste, ni le rythme, ni les responsabilités, ni l’intensité du travail. C’est moi qui avait changé. J’avais eu un bébé et je n’arrivais plus à trouver d’équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. Je n’étais plus alignée avec mes valeurs, mes désirs profonds en cette période de post-partum. C’est pour cela que j’ai fait un burn out. Et c’est là que je voudrais attirer votre attention. Le burn out est du à nous même et non à des facteurs extérieurs. 

Mais alors à qui la faute ? 

Quand on est en burn-out, notre état cognitif est complètement bouleversé, on assiste à un réel blocage de la conscience. On peut ressentir une perte d’estime de soi, un stress intense lié à la pression que notre job nous impose, une pression du résultat, parfois du chiffre d’affaire… Souvent, s’en suivra une mise en arrêt maladie, et il sera conseillé du repos. Mais cela ne suffit pas. D’une part, car le problème n’est finalement pas simplement la fatigue physique, mais elle est également psychologique et celle ci demandera un travail de réflexion. D’autre part, le repos laisse place à la rumination, et la célèbre culpabilité pointera le bout de son nez: « si je ne vais pas travailler, je vais mettre mes collègues en défaut, le travail que je n’effectue pas c’est une autre personne qui devra le faire à ma place, j’abandonne le navire »… Et puis ensuite, viendra le tour de la peur du jugement des autres: « que vont penser mes collègues quand je vais revenir, ma famille, mes amis, mon boss? ». Ce qu’il faut comprendre, c’est que cet arrêt maladie nous permet de nous extirper de ce milieu que l’on a en horreur, de prendre du recul avec la situation que l’on pense être la cause de nos maux. C’est à ce moment là qu’il faut creuser, se questionner et essayer de comprendre notre désalignement avec notre être intérieur.

Le burn out finalement, c’est la différence entre nos valeurs, nos envies, nos besoins et ce que l’on fait.

Que faire pour voir la lumière? 

Je pense que les paroles, les circonstances, les situations extérieures ne sont que l’interprétation que l’on en fait. C’est le prisme avec lequel on voit, le filtre que l’on met qui nous fait vivre une situation de telle ou telle façon. De chaque situation, va découler une pensée et ensuite une émotion. C’est l’idée dont on se fait des situations qui détermine le vécu de celles-ci. Il ne s’agit pas là de vous faire culpabiliser et dire si vous n’allez pas bien c’est de votre faute. Mais plutôt de comprendre que vous avez le pouvoir de changer les choses, d’avancer et de modifier votre filtre pour voir les choses différemment, pour être en accord avec vous même. 

Si par exemple on vous demande de rendre un dossier rapidement, que vous savez qu’il vous manquera du temps pour le faire parfaitement, vous pouvez soit vous dire: « je n’aurai jamais le temps de le faire à temps, mon boss pensera que je suis incompétent, que je ne mérite pas mon poste…. » et ressentir un sentiment d’échec, d’incompétence, de frustration, d’anxiété. Mais vous pouvez aussi vous dire: « le temps imparti n’est pas suffisant, je vais expliquer mes contraintes et demander un petite rallonge, ou je vais donner le meilleur de moi même pour faire ce boulot, avec les contraintes imparties dont je ne suis pas responsable« , alors je ne culpabiliserai pas car je saurais que j’ai fait de mon mieux, un sentiment d’accomplissement pourra être ressenti, de satisfaction d’avoir fait de son mieux malgré les difficultés. 

Dans ma situation, j’ai compris deux choses. Je voulais faire un métier créatif, travailler la fleur, mais aussi devenir auto entrepreneur pour être maîtresse de mon organisation et de mon temps de travail pour m’occuper de mon enfant. Cependant, il me semblait à l’époque compliqué d’entamer une formation avec un enfant en bas âge alors que je souhaitais justement avoir du temps pour m’en occuper et être présente et disponible. Pour remédier à court terme à mon désalignement et mon désir de m’occuper de mon bébé, j’ai cherché un nouveau poste dans ma filière, et j’ai été recrutée quelques mois plus tard comme infirmière dans un service de recherche clinique. Je travaillais en semaine, avec des horaires de bureau, pas le week-end, ni les jours fériés. J’étais alors d’avantage alignée avec mes besoins et mes envies. J’allais beaucoup mieux, j’ai de nouveau apprécié mon métier, et j’ai appris avec ce poste énormément de choses, j’ai pu m’investir dans des projets passionnants, rencontré de belles personnes. Suite à notre déménagement j’ai dû retrouver du travail, et le retour dans les soins avec les mêmes contraintes qu’avant mon burn out, ont réapparu. Je ne suis pas en accord avec moi même et le fait de vouloir exercer depuis toujours un métier créatif, je souhaite quitter le soin. Ma fille ayant presque 5 ans, je décide donc d’entamer mon projet de reconversion pro, qui me permettra d’exprimer la créativité qui dormait en moi (cf article ###) et réaliser de beaux décors et scénographies qui font du bien, qui font sourire, qui rendent heureux.

Me voilà donc aujourd’hui à vous parler de tout ça. J’exerce toujours comme infirmière, mais je ne vois pas ma situation comme une régression, mais comme temporaire et me permettant de mener à bien ma reconversion, et m’aligner avec mes désirs, mes besoins, mes envies.

A l’apparition des symptômes de l’épuisement professionnel, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé qui saura vous guider, vous orienter, vous conseiller.

J’espère que cet article vous aura intéressé! N’oubliez jamais qu’après la tempête, il y a toujours le beau temps…


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