Panse, pique et soigne

Photo by Annie Spratt on Unsplach

La vocation c’est d’avoir pour métier sa passion

Stendhal

Petit zoom sur mon parcours scolaire, et professionnel pour peut-être mieux comprendre comment j’en suis arrivée là. Peut être que certain/es se reconnaîtront…

J’ai été scolarisée pour la petite école en Guadeloupe, et j’ai fait mon collège à Paris car mes parents étaient séparés. J’ai toujours été plutôt bonne élève; sage et assidue, je n’ai jamais vraiment posé de problèmes à mes parents. Bulletins scolaires avec félicitations à tous les trimestres, encensée aux conseils de classe, pas une ombre au tableau. Je suis entrée au lycée Racine dans le 8ème arrondissement de Paris. Ce lycée propose des classes à horaires aménagés, permettant de concilier études et passion pour le sport, la danse ou la musique. Me concernant je n’étais concernée par aucune de ces activités, j’y avais été admise car j’avais un bon dossier scolaire, et que j’avais demandé italien troisième langue, une des nombreuses spécialités que cet établissement proposait. J’ai cependant toujours eu une âme créative: un an de dessin, deux de théâtre et trois de piano. J’ai toujours pris plaisir à faire des activités manuelles, bricoler, décorer, coller, peindre, assembler, jouer avec les couleurs, les matières et les textures. En classe de première, quand le stress du choix d’orientation post bac s’est abattu sur moi, cette pauvre adolescente que j’étais, en recherche d’elle-même, à qui on a demandé ce qu’elle voulait faire de sa vie, et bien j’ai répondu que je ne savais pas, j’avais déjà du choisir ma filière l’an passé (L, littéraire), c’était déjà bien assez ! J’ai finalement décidé d’aller aux portes ouvertes de l’école Boulle, juste pour voir. J’en suis revenue conquise. Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire, mais j’avais cette fibre créative qui m’animait. J’ignorais si je voulais faire un métier d’art ou du design, travailler la matière ou faire de la conception, mais je savais que c’était LA que je voulais aller. Je ne possédais ni connaissance ni technique dans une spécialité en particulier, et il est compliqué d’intégrer une école d’art directement après le bac. J’avais néanmoins la possibilité de faire une année de mise à niveau en art appliqués – après l’obtention de mon bac- pour me permettre d’y accéder. J’en ai rapidement parlé à mes parents, qui m’ont tout aussi rapidement conseillé de prendre une voie qui me permettrait d’accéder à un « vrai » métier. « Un métier qui me permettrait de manger, d’avoir un toit, d’être autonome et indépendante », parce que « le milieu de l’art c’est très aléatoire, incertain… ça dépend beaucoup du réseau et des connaissances, pas du talent », « et puis, tu ne sais même pas dessiner ». C’était vrai, je ne savais ni peindre, ni sculpter, ni même dessiner… Je me suis dit qu’ils avaient peut-être raison après tout.

Ma mère qui était infirmière, m’a conseillé de faire la même formation qu’elle. Puisque je voulais faire quelque chose de mes dix doigts, et bien ce métier – en plus d’assurer une sécurité de l’emploi, demande effectivement, dans de nombreuses situations une certaine créativité (pas de matériel, mais des soins à faire quand même, des pansements qui par leur positionnement anatomique sont peu pratiques à réaliser, user de trucs et astuces pour faire adhérer le patient au projet de soin.. bref, ceux/celles qui savent, savent) – demanderait de la pratique, l’acquisition d’une certaine technicité, ne nécessiterait que 3 ans de formation, et me permettrait de voyager et de travailler partout dans le monde. Et si après l’obtention de mon diplôme je voulais toujours faire de la « création », et bien il me serait toujours possible de le faire, mais avec un diplôme en poche. Plutôt sympa comme compromis finalement. J’ai donc passé une année sabbatique aux Antilles, pour préparer mon concours d’entrée en Institut de Formation en Soins infirmiers, que j’ai obtenu sans difficultés, puis je suis revenue faire mes études à Paris. C’est après 3 années en IFSI -certes studieuses, mais aussi extrêmement riches en rencontres humaines, en voyages et en expériences de vie- que je décroche mon diplôme d’infirmière. Il paraît alors évident que je ne suis pas devenue infirmière par vocation, mais j’ai appris à aimer mon métier, et à trouver un sens à ce que je faisais en le faisant.

Je prends donc, ravie, mon premier poste au service de la suppléance d’un hôpital de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. C’est un service de remplacement au sein d’un même hôpital, où l’on change tous les jours de service; urgences, médecine, chirurgie, maternité pour combler au manque d’effectif. J’avais besoin de prendre confiance en mes soins, je voulais continuer d’apprendre, de rencontrer de nouvelles pathologies, de nouveaux patients, de nouvelles équipes. Ce poste a été très formateur, car j’ai développé en 4 ans une grande qualité d’adaptation, et une vraie polyvalence dans les soins techniques et relationnels. En 2016, j’ai alors 26 ans, et je donne naissance à notre fille, Anaïs. Je décide alors de changer de poste, et ce pour plusieurs raisons. A la fois, car même si je pense que l’on a jamais fini d’apprendre, j’avais fait le tour de ce poste. Je n’en pouvais plus de ce rythme de travail intense, alternant journées et gardes, de la charge de travail colossale car fréquemment en sous-effectifs. Ajouté à cela des douleurs physiques, mais aussi morales, de ne plus pouvoir travailler au regard de mes valeurs professionnelles. Je voulais pouvoir être disponible pour mon bébé et réussir à trouver un bon équilibre entre ma vie privée et mon travail. Je m’oriente alors en 2018 vers un poste d’infirmière de recherche clinique. J’ai adoré ce poste, qui m’a permis d’une part de découvrir le monde de la recherche médicale, et d’autre part d’exercer mon métier d’infirmière dans un autre cadre, un autre contexte que celui de la salle, toujours auprès des patients, en les accompagnant différemment dans leur parcours de soin. De plus, la lecture des protocoles d’essais cliniques en anglais, la rédaction de procédures opératoires ou encore la participation à la cellule qualité du service, ont été vraiment stimulant intellectuellement pour moi. J’y ai également rencontré une équipe inoubliable qui a été très accueillante et chaleureuse et qui m’a accompagné avec bienveillance pendant mes 3 ans sur ce poste.

Je dois avouer que le vent du large m’appelle souvent ailleurs, et même si l’envie de quitter la région parisienne a été partiellement comblée par nos voyages, le désir de partir subsistait. Cette soif de nature et d’espace s’est fait d’autant plus ressentir après la naissance de notre enfant. La COVID et confinement faisant -pour ma fille et mon compagnon hein, car moi j’était sur le pont tous les jours, rien n’avait changé si ce n’est la charge de travail qui s’est amplifiée- nous avons réalisé que nous n’avions plus de temps à perdre dans notre petit appartement Parisien. Notre décision était prise, nous allions déménager pour la rentrée de septembre 2020. J’ai fait une demande de disponibilité pour convenances personnelles, et nous avons fait nos bagages pour les Hauts de France, où nous attendaient ma belle famille, une meilleure qualité de vie, une maison avec un jardin, du maroilles et de la bonne bière.

Photo by Antoine, Calais April 2016

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